Rage Elemento 750 GS Suzuki
Après la finalisation de la Rage Guzzi Dolce Riva, l’atelier Cus’Tom Motorcycles pensait marquer une pause dans ses projets personnels. Cette parenthèse aura été de courte durée. Quelques semaines plus tard, une Suzuki 750 GS de 1979 trouvée à proximité de l’atelier est venue relancer la mécanique créative de la maison. Modifiée avec retenue, déjà dotée d’une présentation flatteuse et proposée à un tarif accessible, la moto a rapidement rejoint l’atelier pour devenir une nouvelle préparation estampillée Rage, un badge que l’atelier réserve uniquement à certaines réalisations jugées suffisamment abouties sur le plan de la fabrication et de l’exécution. À son habitude, notre ami Tom nous offre ici une réalisation exceptionnelle d’une élégance “rare“ et avec un niveau de finition très abouti ! À découvrir en quelques clichés et vidéos !
Cus’Tom Motorcycle dévoile la Rage Elemento 750 GS, une Suzuki de 1979 transformée dans un esprit néo-rétro
Avant d’engager la transformation, la Suzuki a d’abord été utilisée sur route sur une centaine de kilomètres. Une manière de prendre la mesure de la base technique et de confirmer le potentiel de ce quatre-cylindres en ligne refroidi par air, alimenté par quatre carburateurs à boisseau et doté d’un double mode de démarrage, électrique ou au kick. Pour l’atelier, cette base ancienne réunissait plusieurs qualités devenues plus rares : une mécanique expressive, une silhouette généreuse et une architecture suffisamment lisible pour accueillir une transformation ambitieuse.
Le projet s’inscrit dans une orientation que Cus’Tom Motorcycle revendique de plus en plus clairement : associer artisanat traditionnel et solutions techniques contemporaines. Là où certains opposent ces deux approches, l’atelier défend au contraire leur complémentarité. L’objectif affiché est de produire des motos capables de traverser le temps, tant par leur qualité de fabrication que par leur cohérence esthétique. La Rage Elemento 750 GS a ainsi été pensée dans un registre que l’on pourrait qualifier de restomod néo-rétro à tendance gentleman racer, avec un important travail de fond sur la partie-cycle, les matériaux et les détails.
La liste des transformations engagées était définie très tôt. La moto reçoit notamment une fourche inversée, des roues modernes à rayons larges, un double disque avant, des étriers radiaux monoblocs, une selle monoplace, plusieurs éléments en fibre de carbone, un échappement intégral en inox, un compte-tours central, des commandes reculées et, surtout, une profonde refonte du train arrière avec l’abandon des deux amortisseurs d’origine au profit d’un mono-amortisseur central associé à un bras oscillant renforcé.
Une cinématique de suspension sur mesure
C’est sur ce point que le travail d’ingénierie apparaît le plus structurant. Pour redessiner la cinématique de suspension, l’atelier a travaillé avec Shock Factory, entreprise française spécialisée dans les suspensions. À partir d’un schéma de fonctionnement défini en amont, un amortisseur spécifique a été développé pour correspondre à la nouvelle géométrie. Le bras oscillant et le cadre d’origine ont ensuite été modifiés pour intégrer l’ensemble. Selon l’atelier, le comportement obtenu s’éloigne nettement de celui de la moto d’époque et rapproche désormais la 750 GS d’un fonctionnement plus actuel.
Une fois la nouvelle base roulante installée, certaines orientations stylistiques se sont précisées. Le réservoir d’origine a finalement été conservé, sa forme étant jugée suffisamment forte pour porter le projet. En revanche, toute la partie arrière du cadre a été reprise afin de reconstruire une boucle et une coque spécifiques, façonnées à partir d’une tôle d’acier de 1 mm. Les repose-pieds reculés proviennent, eux, d’une Aprilia RSV4 déjà présente à l’atelier. Ce choix répond autant à une logique d’adaptation qu’à une question de disponibilité des pièces de rechange.
L’échappement constitue un autre point marquant de la préparation. Refusant l’idée d’un silencieux latéral classique, l’atelier a conçu un système composé de quatre tubes inox débouchant sous la moto sur quatre silencieux intégrés. Le résultat, malgré une isolation phonique limitée, resterait contenu à 88 dB à 4 500 tr/min. Au-delà de la donnée chiffrée, Cus’Tom Motorcycle met surtout en avant une sonorité grave et rauque, cohérente avec le caractère mécanique d’un quatre-cylindres à carburateurs de cette génération.
Les vidéos
Une finition soignée
La Rage Elemento 750 GS se distingue aussi par une accumulation de détails qui relèvent autant du design que de la signature d’atelier. Le démarreur électrique a ainsi laissé place à une bouteille de whisky fixée sur un support spécifique mêlant silicone, lanières de cuir et finition en fibre de carbone. La clé de contact a été remplacée par une prise jack de guitare. Les supports de phare intègrent un logo Rage réalisé par électroérosion et anodisation, tandis que plusieurs pièces secondaires — bouchon de réservoir, feu arrière en bout de coque, rétroviseur ou système de freinage arrière — ont fait l’objet d’un traitement particulier.
Le choix des matériaux participe pleinement à cette démarche. L’atelier revendique l’emploi de l’aluminium, du bronze, de l’acier inoxydable, du titane et de la fibre de carbone selon les usages. Le bloc compte-tours, en particulier, a demandé un important travail d’usinage avec dix pièces réalisées en aluminium et en bronze massifs. Initialement envisagé en finition brute, l’ensemble a finalement été peint en noir pour rester plus discret. Plusieurs composants en titane sont également disséminés sur la moto, des vis de disque aux écrous borgnes en passant par certains éléments de fixation.
Sur le plan esthétique, Cus’Tom Motorcycle a retenu une peinture inspirée de l’univers restomod automobile, avec une référence assumée à la Totem GT Super, réinterprétation moderne de l’Alfa Romeo Giulia. Cette inspiration se traduit notamment par le traitement de la couleur et par l’usage de flancs blancs, associés ici à des pneus piste Pirelli Supercorsa. La selle a reçu un revêtement en Alcantara blanc, un matériau rare importé du Canada, même si son remplacement par du cuir est déjà envisagé pour des raisons d’usage. Le moteur, pour sa part, conserve une apparence volontairement brute, obtenue par un traitement léger proche d’un sablage à l’eau, tandis que certains carters ont été légèrement plus polis pour créer un contraste.
Un projet abouti
Le nom Elemento s’est imposé au cours du projet sans justification pleinement arrêtée. L’atelier évoque une intuition, peut-être nourrie par des références italiennes ou automobiles, mais assume surtout le caractère spontané de ce baptême. La construction de cette machine aura demandé un an de travail. Aujourd’hui, la Rage Elemento 750 GS revendique autant sa transformation technique que sa personnalité mécanique, notamment à travers un démarrage au kick particulièrement direct, que l’atelier présente comme l’un de ses traits les plus marquants.